L’exode

En attendant de mourir pour la patrie, on s’emmerdait 

Ça commence par une drôle de guerre. Une guerre assise où rien ne se passe.

Ah les Alliés, la guerre, ils l’ont bien déclarée. Mais l’ennemi n’est pas là, il ne vient pas.  Et puis de toute façon, la ligne Maginot est indestructible.

Grosso modo, Gabriel et Raoul, s’emmerdent. Ils étouffent dans ce fort sous-terrain et en viennent presque à espérer la venue des Allemands. Du combat, enfin. Un peu de mouvement. En attendant les Boches, Raoul traficote et Gabriel se ronge les sangs.

Et puis il y a Louise, la belle Louise. Nue et pleine de sang sur un grand boulevard parisien. De son côté, la guerre est à peine une ombre. Elle a trop à faire de sa propre vie pour s’inquiéter de la guerre.

Le problème c’est que…lorsqu’enfin les Allemands passent la Belgique, les Français – d’avoir trop attendu – ne sont pas prêts. C’est l’anarchie. En quelques jours les troupes Alliées reculent, des milliers de soldats se retrouvent, sans le vouloir, déserteurs et pilleurs. Raoul et Gabriel en seront.

L’exode d’une moitié de la France commence.

C’était partout des visages et des visages. Un immense cortège funèbre, devenu l’accablant miroir de nos peines et de nos défaites. 

Pendant ce temps, Désiré brille. Après avoir excellé au mensonge d’État et à la chirurgie, il devient curé. Usurpateur de talent, il tire de chaque épisode de la guerre, le meilleur de son jeu d’acteur.

Il y a donc Louise, Raoul, Gabriel et Désiré. Trois hommes et une femme brinquebalés par l’avancée Allemande. Sur la route de l’exode et de la fuite, il ne reste plus qu’à les faire se rencontrer.

***

Ce qui est flagrant avec Pierre Lemaitre et avec cette trilogie particulièrement, c’est le plaisir inouï de l’écriture. On sent que l’auteur s’éclate, vraiment. Il aime ça et il le fait avant talent et modestie.

Au cours de cette lecture, j’ai lu une BD sur l’occupation Allemande à Saint Malo et j’ai regardé la 7ème compagnie. On peut dire que j’ai été passionnée par la thématique donc. Je crois en effet que Miroir de nos peines mais aussi Au revoir là-haut sont à conseiller aux lycéens soucieux de voir la Guerre sous un autre angle. On ne parle pas assez de la débandade des premiers jours d’occupation, on ne parle pas assez de ces soldats sans hiérarchie et sans capacité à décider. Miroir de nos peines c’est exactement la 7ème compagnie. Ce sont des soldats désarmés accusés tantôt de désertion, tantôt de pillage.

Attention toutefois, ce roman c’est la Seconde guerre mondiale mais pas que. Il y a l’histoire de Louise, mais vous la raconter gâcherait votre plaisir.

Un chouia moins épique* que les deux premiers tomes, mais tout aussi tragicomique. Une fin parfaite qui clôt une fresque miroir de trois époques charnières. 

Pierre Lemaitre – Miroir de nos peines – Albin Michel 2020.

* Le récit est rythmé mais l’exode tend naturellement à plus de langueur, on marche, c’est long, c’est épuisant et c’est parfaitement retraduit par Pierre Lemaitre. 

 

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